Article Actualités publié le 27 juin 2014

Le chômage poursuit sa hausse au mois de mai

Au regard de la conjoncture économique, l’annonce hier d’une augmentation des demandeurs d’emploi au mois de mai n’est pas une surprise. Elle doit toutefois inciter à une véritable réflexion sur les politiques d’accompagnement du retour à l’emploi.

Au mois de mai 2014, en France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi tenus d’effectuer des actes positifs de recherche d’emploi (catégories A, B et C) a augmenté de 0,7 % pour dépasser le seuil des 5 millions. La variation sur un an est de 4,8 %, soit 227 700 personnes de plus.

Cette hausse concerne autant les jeunes que les seniors, avec une nuance selon le sexe. Ainsi, les femmes sont moins touchées que les hommes. L’analyse de l’évolution de ces statistiques sur un an apporte plus de nuances. Le nombre de jeunes de moins de 25 ans inscrits en catégorie A, B ou C a diminué de 1,6 % sur un an, mais il remonte au mois de mai par rapport au mois d’avril pour atteindre 773 400.S’agissant des chômeurs de 50 ans ou plus, la hausse est continue depuis un an avec une progression de 11,9 % depuis le mois de mai 2013. La part des chômeurs de longue durée, inscrits depuis 3 ans ou plus, poursuit également son augmentation : + 1,8 % sur un mois et + 17,7 % sur un an.

Face à ces chiffres, les réactions politiques se sont révélées plutôt mesurées. Chacun s’accorde sur le fait que la conjoncture économique n’est pas favorable à la création d’emplois. L’Insee, dans sa note de conjoncture publiée cette semaine, estime que la croissance du PIB se limitera à 0,7 % en 2014, confirmant ainsi une légère reprise après une croissance 2013 qui s’est élevée à 0,4 %.

Manuel Valls compte sur les entreprises

Le Premier Ministre a indiqué hier « compter sur les entreprises pour inverser la tendance compte tenu des moyens que nous allons leur donner ». Il fait ainsi référence aux mesures du pacte de responsabilité visant à alléger la fiscalité pesant sur les entreprises et le coût du travail. Rappelons que ces mesures ne s’appliqueront qu’à compter de janvier 2015 pour les premières et progressivement jusqu’en 2017, en dehors du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) qui est déjà en vigueur. Il semble ainsi difficile que les entreprises reprennent des décisions d’embauche en prévision de l’impact de ces mesures. D’autant plus que la teneur des débats à l’Assemblée nationale ne rassure pas le monde économique quant à la stabilité de l’environnement fiscal et réglementaire sur les prochaines années. Néanmoins, l’Insee prévoit que le nombre d’emplois dans le secteur marchand devrait se stabiliser d’ici la fin de l’année, du fait notamment de l’impact du CICE, alors que le 1er trimestre avait été marqué par une destruction de 22 000 postes.

Un accompagnement des chômeurs renforcé

Pour résorber le chômage, il faut bien évidemment que les entreprises embauchent mais aussi que le service public de l’emploi soit en capacité d’accompagner efficacement les demandeurs d’emploi pour leur réinsertion professionnelle. Or sur ce point, Pôle Emploi reste souvent décrié. Rappelons, pour sa défense, que Pôle Emploi est issu d’une fusion encore récente (2009) de l’ANPE et des Assédic. Cette fusion s’est opérée en pleine crise économique. Dans ce contexte la priorité de Pôle Emploi a consisté à traiter les dossiers d’indemnisation en temps et en heure pour limiter l’impact social de la brutale dégradation de la conjoncture économique. Aujourd’hui, la mission accompagnement de Pôle Emploi doit inévitablement être évaluée, ainsi que son travail d’analyse du marché du travail et de prospection auprès des entreprises. Ainsi le code ROME (Répertoire Opérationnel des Métiers et de l’Emploi) créé en 1989 est-il encore adapté à la réalité du marché du travail et intègre-t-il les nouveaux métiers et nouvelles compétences ? Les conseillers Pôle Emploi sont-ils outillés et formés pour aller à la rencontre des entreprises, les aider à définir leurs besoins de recrutement pour mieux conseiller les demandeurs d’emploi, tant sur les formations à suivre que sur les démarches à mettre en œuvre ?

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Dans une interview hier au quotidien les Echos, le Directeur général de Pôle Emploi, Jean Bassères, reconnaît que des améliorations sont à apporter tant sur l’accompagnement que sur la relation aux entreprises. Ainsi, il estime que Pôle Emploi doit se concentrer en priorité sur l’accompagnement des personnes les plus éloignées de l’emploi, via un suivi personnalisé renforcé en partenariat avec les travailleurs sociaux des Conseils généraux. L’accompagnement des chômeurs autonomes serait de plus en plus délégué à des opérateurs privés. Ce qui dans la réalité est déjà souvent le cas, les personnes les plus autonomes s’appuyant soit sur leur réseau personnel, soit sur l’aide de cabinets de placement. S’agissant de la relation aux entreprises, Jean Bassères indique expérimenter la mise en place d’équipes dédiées. S’appuieront-elles sur les structures et réseaux existants (syndicats professionnels, observatoires économiques locaux, maisons de l’emploi et de la formation…) afin de mutualiser les informations sur le marché du travail de chaque territoire ?  

L’amélioration du service public de l’emploi est un axe incontournable. Il est important que chaque acteur procède à une évaluation de son fonctionnement, à une remise en question de ses pratiques afin de s’assurer d’être en capacité de remplir au mieux sa mission de service public.

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