Article Actualités publié le 24 octobre 2016

Le Sénat souhaite améliorer la mesure du chômage

Après 6 mois de travaux, la Commission d’enquête sénatoriale sur les chiffres du chômage a rendu son rapport le 11 octobre dernier. Cette commission a été mise en place suite à différents questionnements sur la fiabilité des chiffres publiés chaque mois par Pôle Emploi et chaque trimestre par l’Insee.

En effet, la compréhension des chiffres du chômage est complexe, notamment du fait de l’existence de deux sources qui ne mesurent pas la même chose et qui n’utilisent pas les mêmes procédés, comme nous l’expliquons dans notre article Repères « la lecture des chiffres du chômage ».

La DARES (direction des études et statistiques du ministère du Travail) publie chaque mois le nombre de personnes inscrites à Pôle Emploi. Ces données reposent sur un critère « administratif » : pour être comptabilisé dans ces données mensuelles, il faut avoir fait la démarche de s’inscrire auprès de Pôle Emploi mais aussi d’actualiser sa situation chaque mois. Or, une partie des chômeurs ne font pas cette démarche, soit parce qu’ils n’ont pas droit à une allocation chômage (jeunes qui n’ont jamais travaillé donc cotisé, personnes en fin de droit), soit parce qu’ils ont baissé les bras, soit parce qu’ils sont dans une situation de précarité qui rend difficile les démarches administratives (l’ensemble des bénéficiaires du RSA ne sont pas inscrits à Pôle Emploi). Néanmoins les chiffres mensuels de Pôle Emploi permettent de dresser une photographie de la situation, de l’évolution d’un mois sur l’autre mais aussi d’une année sur l’autre. Pôle Emploi distingue 5 catégories de demandeurs d’emploi  : catégorie A (sans emploi et tenu de rechercher un emploi), catégories B et C (activité partielle et tenu de rechercher un emploi) ; catégorie D (sans emploi mais non tenu de rechercher en emploi : en formation, en congé maternité, en arrêt maladie…), catégorie E (bénéficiaires de contrat aidé, demandeurs d’emploi créateurs d’entreprise). Ces données proposent ainsi une vision assez large du chômage ou des difficultés d’accès à l’emploi, contrairement aux statistiques de l’Insee qui se basent sur la définition plus restrictive du chômage proposée par le BIT (Bureau International du Travail).

Chiffres-chomage-2014.com

Chaque trimestre, l’Insee calcule le taux de chômage, en se basant sur une enquête effectuée auprès d’un échantillon représentatif de la population dans son ensemble. Est considérée comme chômeur toute personne de plus de 15 ans sans emploi, qui n’a pas du tout travaillé la semaine précédant l’enquête, disponible rapidement (sous 15 jours) et à la recherche d’un travail. L’Insee complète ce taux de chômage avec deux notions importantes : le halo autour du chômage (il s’agit de personnes inactives, qui souhaiteraient travailler, mais ne sont pas considérées comme chômeurs au sens du BIT) et le taux de sous-emploi (temps partiel subi ou chômage partiel).

Chaque mois et chaque trimestre, ces données sont relayées par les différents médias. Les gros titres mettent souvent en relief un des chiffres, ils reprennent rarement l’ensemble des données, ce qui ne facilite pas la compréhension de la réalité de la situation du chômage dans notre pays.

Par ailleurs, les décalages de calendrier de publication alimentent le sentiment d’illisibilité. En effet, le taux de chômage de l’Insee est publié 2 mois après la fin de chaque trimestre (en juin publication des chiffres du 1er trimestre, en août du 2e trimestre, en novembre du 3e trimestre et en janvier de l’année suivante du 4e trimestre). Ainsi, la comparaison est d’autant plus difficile qu’il faudrait à chaque publication trimestrielle de l’Insee, se remémorer la situation mesurée par Pôle Emploi deux mois auparavant.

Les préconisations du Sénat

Face à ce constat du manque de compréhension qui induit des doutes sur la fiabilité des chiffres publiés, le Sénat formule plusieurs propositions :

  • Fournir une publication mensuelle des statistiques du chômage réalisées par l’Insee.
  • Communiquer l’ensemble des données en même temps et sur un document unique : celles de Pôle Emploi et celles de l’Insee
  • Compléter cette communication : en présentant le nombre de chômeurs au sens du BIT mais aussi le nombre de personnes dans le halo autour du chômage et en situation de sous-emploi. Sur ce document, figureraient également les données de Pôle Emploi approfondies : analyse de l’évolution des catégories A, B et C, mais aussi des mouvements d’une catégorie à l’autre et des parcours des demandeurs d’emploi, analyse de l’impact de politiques publiques (dispense de recherche d’emploi, plan 500 000 formations, contrats aidés…).
  • Confier à la Dares le recensement des demandeurs d’emploi non inscrits à Pôle Emploi (notamment les allocataires du RSA et les jeunes de moins de 25 ans en recherche d’emploi).

Ces propositions seront-elles suivies d’effet ? Ce rapport a le mérite de faire le point sur les limites de notre système de mesure du chômage. Ce sujet constitue l’une des principales préoccupations des Français, il est important de leur donner accès à une information lisible, compréhensible et fiable.

Le rapport de la Commission d’enquête du Sénat va plus loin que l’analyse des chiffres du chômage. Les Sénateurs font également des préconisations concernant les politiques de l’emploi, au regard de l’analyse de la situation dans 4 pays européens (Allemagne, Royaume-Uni et Italie). Nous reviendrons sur cette deuxième partie de leurs travaux ultérieurement.

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