Article Actualités publié le 29 mars 2017

Un parcours d’accès à l’emploi innovant

A Lyon, le dispositif P.E.R.L.E accompagne vers et dans l’emploi des résidents en centre d’hébergement. Bilan des 3 premières années de mise en œuvre de ce parcours évolutif de retour vers le logement par l’emploi.

P.E.R.L.E est en vigueur sur Lyon et sa région depuis 2012. Il a été initié par le Préfet du Rhône pour recréer du flux dans l’accès au logement en redynamisant l’accompagnement à l’emploi des personnes hébergées en logement collectif. Ce parcours mobilise 18 associations et une cinquantaine de centres d’hébergement. Les référents sociaux orientent vers P.E.R.L.E les personnes en capacité d’aller travailler en milieu dit ordinaire. En effet, la particularité de ce dispositif est d’adresser des publics très éloignés de l’emploi directement en milieu ordinaire sans passer par la case Insertion par l’Activité Economique. Comment ? En ciblant des personnes qui disposent d’un socle de compétences mobilisables en entreprise, qui s’appuient sur un projet professionnel et l’envie de travailler et ont dépassé un certain nombre de freins (par exemple des problèmes de santé ou d’addiction).

P.E.R.L.E adresse une solution à des publics qui ne peuvent trouver leur place dans les dispositifs de droit commun : 7 bénéficiaires sur 10 sont logées en CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale), les 3 autres sont dans d’autres types d’hébergement (foyer logement, résidence sociale…). 6 personnes sur 10 sont des migrants. 1/3 des bénéficiaires sont âgés de moins de 30 ans.

Un parcours vers et dans l’emploi

L’équipe de P.E.R.L.E reçoit les personnes orientées par les référents sociaux au sein des centres d’hébergement. Elle les rencontre pour établir un diagnostic professionnel et valider que ce parcours constitue la réponse adaptée. Sur 10 personnes orientées, 7 entrent dans le dispositif, 3 sont réorientées vers d’autres solutions. Entre 2012 et 2014, 670 personnes ont bénéficié de ce parcours, il y a eu 524 mises à l’emploi et in fine un accès à l’emploi effectif pour 280 personnes.

Ces personnes sont accompagnées par une équipe dédiée au sein du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, en charge du pilotage de ce dispositif : un directeur, 4 conseillers d’insertion professionnelle et des formateurs.

Dans un premier temps, les bénéficiaires suivent des ateliers collectifs (pendant 4 semaines) pour affiner leur projet professionnel en fonction de leurs compétences et motivation mais aussi de la réalité du monde du travail et du bassin d’emploi. Ces ateliers permettent de travailler sur la confiance en soi, la valorisation de ses compétences, la connaissance du monde du travail, du fonctionnement de l’entreprise. Les outils tels que CV et lettre de motivation sont préparés dans le cadre de ces ateliers, et des simulations d’entretien organisées.

En parallèle, chaque bénéficiaire est suivi par un conseiller d’orientation professionnelle. Le CIP aide à construire le projet professionnel, en confrontant les envies et rêves à la réalité du bassin d’emploi, et procède aux démarches visant au retour à l’emploi. Pour cela, il travaille très en amont avec des entreprises partenaires, afin de définir leurs besoins et de faire correspondre ainsi des profils à des besoins identifiés. Le succès du dispositif repose sur cette intermédiation forte à l’emploi, indispensable pour des personnes éloignées de l’emploi. L’accompagnement concerne autant le candidat que l’entreprise, et se poursuit une fois la personne en emploi, pour sécuriser l’insertion professionnelle. Ainsi, la gestion du risque pour le recruteur est maîtrisée.

L’enjeu est de dépasser les idées reçues et de faire bouger les représentations que les entreprises peuvent avoir des personnes éloignées de l’emploi. Les CIP mettent en avant des compétences, un parcours professionnel et de vie, lorsqu’ils présentent des candidats aux entreprises. Ils participent ainsi à changer le regard, en dépassant l’image de la personne incapable de travailler car trop cassée. Régis Bretonès, directeur de P.E.R.L.E, parle « d’employeurabilité » en écho au terme employabilité qui définit la capacité du salarié à travailler. L’employeurabilité, selon lui, est la capacité de l’entreprise à accueillir, former, intégrer et maintenir dans l’emploi une personne. Il souligne que la réussite de l’insertion professionnelle durable repose tant sur le salarié que sur l’entreprise.

Un parcours innovant

P.E.R.LE constitue une innovation dans les dispositifs de retour à l’emploi pour plusieurs raisons :

  • le public visé se situe en dehors des radars des dispositifs publics de retour à l’emploi,
  • la coopération forte entre les acteurs en charge de l’accompagnement social et l’équipe dédiée à l’insertion professionnelle,
  • un diagnostic approfondi basé sur une connaissance du marché du travail et des besoins des entreprises,
  • le rapprochement entre offre et demande d’emploi,
  • la mise en œuvre du principe « work first » : vrai aller-retour entre mise à l’emploi et recherche d’emploi, le passage par différentes situations d’emploi participant à la construction du projet professionnel. Par exemple, une personne dont le projet professionnel est d’être boulanger, passera par différentes expériences : grande distribution, boulangerie artisanale traditionnelle, chaîne de boulangeries.

Bilan 2016 et perspectives 2017

En 2016, 255 personnes ont été orientées vers ce dispositif, dont 163 ont été validées et accompagnées. L’équipe de P.E.R.L.E a accompagné 258 personnes vers l’emploi l’année dernière (163 nouvelles + 95 participants de 2015 encore en accompagnement) plus 56 personnes dans l’emploi (il s’agit de personnes accompagnées en 2015 qui sont encore dans les premiers mois d’insertion professionnelle). Ainsi au total, 314 personnes ont bénéficié de P.E.R.L.E en 2016.

Sur ces 314 personnes accompagnées en 2016, 64 % ont exercé au moins 1 emploi dans l’année (principe du work fisrt). En termes d’accès à l’emploi, 146 mises à l’emploi ont été effectuées (augmentation de 4 % par rapport à 2015) avec une part plus importante de contrats de 6 mois ou plus. 50 personnes ont abandonné le parcours sans solution.

L’accès au logement autonome constitue également un objectif de ce parcours, mais qui reste encore peu évalué, faute de traçabilité. Néanmoins l’ensemble des parties prenantes souligne l’impact positif de cet accompagnement sur l’autonomie des publics accueillis : reprise de confiance en soi et dynamique d’implication personnelle, meilleure compréhension du fonctionnement de la société et des codes du monde du travail, création de liens sociaux. Tous ces éléments constituent un contexte favorable au retour vers le logement autonome.

 

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