Dossier mis à jour le 17 novembre 2017 | Publié le 28 avril 2014

L’emploi des jeunes

Les jeunes sont les premières victimes du chômage en France et ont subi de plein fouet les effets de la crise économique. Ce n’est pourtant pas une fatalité. Evolem Citoyen dresse un état des lieux de cette situation.

Etat des lieux et éléments de constat

Depuis 1977, avec le pacte national pour l’emploi des jeunes de Raymond Barre, la question de l’insertion professionnelle des jeunes est au cœur des débats et des priorités des Gouvernements successifs. Selon l’Insee, le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans au 3trimestre 2017 s’établissait à 21,9 %, contre un taux de chômage de 9,4 % s’agissant de l’ensemble de la population active. Rappelons que ce chiffre mesure le taux de personnes au chômage dans la population active, or les étudiants (comme les retraités) ne font pas partie de la population active. Ainsi, ce taux ne signifie pas qu’1 jeune sur 4 est au chômage, mais que 1 jeune actif sur 4 est au chômage. Il s’avère que dans cette classe d’âge, la part des personnes peu qualifiées est plus importante que pour le reste de la population active, car les jeunes qui poursuivent des études ne font pas partie de la population active. De son côté, Pôle Emploi dénombrait 743 200 jeunes de moins de 25 ans inscrits sur ses listes fin septembre 2017 (catégories A, B et C), soit 16 900 de moins qu’en septembre 2016. Ces chiffres regroupent les jeunes sans aucune activité ou qui exercent une activité réduite, mais qui sont en recherche d’emploi. Ils ne prennent pas en compte les jeunes dispensés de démarches de recherche d’emploi, soit parce qu’ils sont en formation, en stage, en arrêt maladie, en service civique (catégorie D), soit parce qu’ils bénéficient d’un contrat aidé ou du statut de créateur d’entreprise (catégorie E). En 2014, la durée moyenne d’inscription des jeunes de moins de 25 ans à Pôle Emploi était de 159 jours, soit environ 5 mois.

Le taux de chômage des jeunes actifs s’élevait à 21,9 % au 3e trimestre 2017.

Il est avéré que les jeunes connaissent un risque de chômage 2 fois plus élevé que les adultes : trop jeunes, donc pas assez expérimentés, déconnectés de la réalité du monde du travail… Telles sont les raisons souvent invoquées pour expliquer cette situation. Mais qu’en est-il exactement ? Prism’Emploi, organisation professionnelle du secteur de l’interim, a publié le 11 mars 2015 son baromètre « les jeunes et l’emploi » qui donne des indications sur le rapport des jeunes de moins de 25 ans au monde du travail. Ainsi, 86 % des jeunes interrogés font de la réussite de leur vie professionnelle un objectif essentiel dans leur vie. S’agissant de la recherche d’emploi, les jeunes privilégient en premier la rémunération (61 % des sondés), puis la sécurité de l’emploi (38 %) et le contenu du poste (33 %). Ces jeunes expriment leur pessimisme quant à la situation générale de l’emploi en France  : seuls 17 % des jeunes interrogés sont optimistes, un chiffre qui tombe à 9 % pour les jeunes en recherche d’emploi. Lorsqu’ils sont questionnés sur leur avenir personnel, 62 % des étudiants se disent optimistes quant à la situation de l’emploi dans le secteur d’activité ou le métier auquel ils se préparent. Cet optimisme n’est partagé que par 51 % des jeunes actifs et que 26 % des jeunes en recherche d’emploi. emploi-jeunes-1-dossiers-28042014 La Fondation Apprentis d’Auteuil a publié en mars 2014 un baromètre sur la confiance qu’accordent les entreprises aux jeunes de moins de 25 ans (sondage effectué auprès de 550 dirigeants de TPE, PME et grandes entreprises). Seuls 39 % des entreprises interrogées ont embauché un jeune de moins de 25 ans au cours des 12 derniers mois, dont 53 % en CDI, 34 % en CDD, 30 % en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Selon ce baromètre, les critères les plus sécurisants s’agissant du recrutement d’un jeune sont : sa personnalité et ses qualités (53 %), son expérience professionnelle (33 %) et seulement 12 % son diplôme. La grande majorité des dirigeants précisent que faire confiance aux jeunes est au cœur des valeurs de l’entreprise et que l’arrivée d’un jeune dans une équipe ne pose pas de difficultés particulières en termes d’intégration et de management. Néanmoins, 35 % des entreprises estiment que l’embauche d’un jeune constitue un risque plus important. Sur cette question de la confiance, Sylvie Bernard-Curie, associée et DRH de KPMG France, souligne que « entre l’intention des chefs d’entreprise et la personne qui va réellement recruter les candidats, il existe certainement des freins, des échelons qui bloquent les choses ».

«  15 % des 18-25 ans n’ont ni formation, ni ressources, ni emploi » Louis Gallois, Président de la FNARS

La question du niveau de formation et du type de formation reste pourtant bien centrale.  Louis Gallois, en sa qualité de Président de la FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale) indiquait dans une interview parue dans l’Express le 14 novembre 2013 que «  15 % des 18-25 ans n’ont ni formation, ni ressources, ni emploi ». Dans les études et comparaisons internationales, il s’agit des NEET : Not in Education, Employment or Training.

Face à la crise, le fossé se creuse entre niveaux de diplôme.

Le niveau de diplôme obtenu est de plus en plus clivant dans un contexte de diminution des embauches. Tel est le constat dressé par le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) dans son enquête 2013 auprès de la génération 2010 parue en mars 2014. Cette enquête analyse les conditions d’insertion professionnelle de 700 000 jeunes sortis du système scolaire en 2010. Ainsi, 3 ans après leur sortie du système éducatif, 22 % des jeunes actifs sont en recherche d’emploi.  L’impact de la crise économique sur cette génération est important, les jeunes débutants étant généralement les plus touchés par une détérioration de la conjoncture économique et surtout les non-diplômés. L’augmentation du taux de chômage par rapport à la génération 2004 est de 16 points pour les non diplômés, de 10 points pour les diplômés du secondaire (CAP,BEP, Bac) et de 3 points pour les diplômés du supérieur long. En conclusion de son enquête, le Céreq observe les trajectoires sur les 3 premières années de vie active :

  • 59 % des jeunes ont un parcours d’accès rapide et durable à l’emploi
  • 19 % connaissent un parcours chaotique entre périodes de chômage et périodes d’emploi
  • 13 % restent dans une inactivité ou un chômage durable ou récurrent
  • 9 % reprennent des études ou une formation

Ce constat est confirmé par une étude publiée le 17 octobre 2014 par le ministère de l’Education nationale. Selon ces données, en 2013, le taux de chômage des jeunes sortis de formation initiale depuis 1 à 4 ans s’élevait à 20,3 %. Ces chiffres varient en fonction du niveau de diplôme : il monte à 48,8 % pour les jeunes sans diplôme ou avec un niveau brevet et baisse à 10,5 % pour les jeunes dotés d’un diplôme de l’enseignement supérieur.

Les réponses des politiques publiques de l’emploi

Romain Aeberhardt, Laure Cursson et Patrick Pommier dans un article sur les politiques d’accès à l’emploi en faveur des jeunes paru dans « France, portrait social – édition 2011 » soulignent que depuis plus de 30 ans, les politiques publiques en faveur de l’emploi des jeunes visent à réduire le coût du travail pour les employeurs et à accroître la qualification des jeunes, avec en parallèle une montée en puissance du suivi personnalisé depuis les années 90. emploi-jeunes-3---dossiers---28042014 En effet, la grande « réponse » au chômage des jeunes reste les emplois aidés : chaque Gouvernement définit son propre dispositif mais globalement la solution est identique : un contrat à durée déterminée permettant l’accès à l’emploi des jeunes avec des conditions incitatives pour l’employeur, qu’il soit public ou privé. Ainsi se sont succédés les emplois jeunes de 1997 à 2002, puis le contrat autonomie du plan Espoir Banlieue de 2008 à 2012 et aujourd’hui les emplois d’avenir.

Le recours au contrat aidé reste la réponse principale du Gouvernement

Les emplois d’avenir constituent le fer de lance des mesures visant les jeunes : 100 000 emplois avenir signés en 2013, 85 000 en 2014, 65 000 en 2015. 35 000 nouveaux emplois d’avenir ont été budgétés dans la loi de finances pour 2016. Ce contrat aidé cible les jeunes sans diplôme ou titulaires d’un CAP ou d’un BEP. Ils doivent résider dans une ZUS (zone urbaine sensible), une ZRR (zone de revitalisation rurale) ou dans un territoire d’outre-mer. Ils sont âgés de 16 à 25 ans, dispositif étendu jusqu’ à 30 ans pour les travailleurs handicapés.  Ces emplois d’avenir sont subventionnés à hauteur de 75 % du Smic brut pour les employeurs du secteur non marchand et 35 % pour les employeurs du secteur marchand. Pour les entreprises d’insertion, ce taux s’établit à 47 %. Selon une étude du ministère du Travail publiée le 30/10/2014, le bilan des emplois d’avenir reste mitigé en termes d’insertion durable dans l’emploi. En effet, ces emplois sont ciblés sur le secteur non marchand (associations, administrations, établissements de santé, collectivités locales), or les perspectives d’embauche dans ce secteur sont faibles. De plus, l’objectif de formation censé être au cœur de ce dispositif est peu respecté. Au bout d’un an, seuls 43 % des jeunes bénéficiaires ont suivi une formation, un chiffre qui tombe à 7 % s’agissant des formations qualifiantes. S’agissant du suivi personnalisé, il est essentiellement confié aux missions locales et s’adresse aux jeunes peu diplômés. 444 missions locales accompagnent ces jeunes en France, en mettant en œuvre les dispositifs décidés par l’Etat (contrats aidés, CIVIS) et en orientant les jeunes vers des formations adaptées ou dans leurs démarches de recherche d’emploi. D’autres structures accompagnent les jeunes dans leur recherche d’emploi, l’APEC pour les jeunes cadres, le réseau Information Jeunesse pour l’orientation. Des associations s’impliquent également, comme Mozaïk RH pour les jeunes diplômés des quartiers populaires ou Proxité qui met en place des tutorats pour les jeunes résidant dans des banlieues. Des dispositifs spécifiques existent pour des jeunes très en difficulté, il s’agit des Ecoles de la 2e chance et des EPIDE (Etablissement public d’insertion et de défense). Ces établissements de formation accueillent des jeunes très en difficulté afin de les former avec un encadrement renforcé. Du côté de la qualification, les objectifs en termes d’accès aux diplômes d’une classe d’âge (niveau Bac mais aussi diplômes d’enseignement supérieur) sont souvent rappelés. Le Céreq dans son enquête sur la génération 2010 précise que 17 % des jeunes sortent avec un niveau master ou au-delà (contre 14 % pour la génération 2004), mais 16 % sortent sans diplôme (une proportion en baisse de 2 points par rapport à la génération 2004). Emploi-jeunes-formation-dossier-30062014

Et les formations par alternance ?

Ambivalence de ce côté-là : reconnues pour leurs résultats en termes de formation et d’insertion professionnelle, elles souffrent pourtant d’un manque d’adhésion, tant du côté des familles que de l’Education nationale. S’agissant des entreprises, le positionnement est différent selon la taille. En effet, les grandes entreprises ont des services Ressources Humaines suffisamment développés pour prendre en charge le recrutement et l’accueil d’alternants dans les équipes. Cette démarche est plus compliquée pour les TPE et PME, qui vont avoir plus de difficulté à dégager du temps pour accueillir un alternant et le former. En effet, l’alternance suppose une implication réelle de l’entreprise en termes d’accompagnement et de formation de la personne accueillie. De plus, la multiplication des dispositifs existants (contrats aidés, exonérations de charge, prime à l’embauche…) peut induire un effet d’aubaine chez certaines entreprises qui vont recruter selon le dispositif le plus intéressant financièrement pour elles et parfois au détriment de l’alternance.

Perspectives et nouvelles réponses

Oui le chômage des jeunes est élevé, mais face à cette réalité de nombreuses initiatives et démarches voient le jour. La France bénéficie d’un des taux de natalité les plus élevés d’Europe. Ce dynamisme démographique constitue un réel atout qui doit être entretenu en aidant chaque jeune à construire son avenir. Dans le cadre de l’enquête « Génération quoi ? » mise en place par France Télévisions à l’automne 2013, 3/4 des participants ont répondu avoir le sentiment que la société ne leur donnait pas les moyens de montrer ce dont ils étaient capables. 81 % des répondants indiquent que le travail est important dans leur vie, pas seulement pour gagner de l’argent, mais aussi comme source d’épanouissement.

Préparer les jeunes à la réalité du monde du travail

71 % des salariés estiment que la formation ne prépare pas suffisamment les jeunes à la réalité du monde du travail (sondage effectué par OpinionWay et Monster en juin 2014). Ce constat est partagé, des actions sont mises en œuvre pour mieux préparer les jeunes et créer des interactions entre le monde de l’enseignement et le monde du travail. Ces efforts sont à poursuivre pour que nos jeunes soient en capacité de définir leur projet professionnel en connaissance de cause et de s’intégrer plus facilement dans la vie professionnelle en se familiarisant en amont avec ses codes. Emploi-jeunes-etudiants-dossier-30062014 L’ouverture au monde du travail : éveiller la curiosité des jeunes, leur présenter la richesse et la diversité des métiers, faire tomber certains préjugés mais aussi certains idéaux sur le monde du travail… Tels sont les objectifs suivis par des associations qui interviennent auprès des établissements scolaires et d’enseignement supérieur. Citons par exemple le Canal des Métiers, 100 000 entrepreneurs, Entreprendre pour Apprendre, la Fondation entreprise réussite scolaire. Mais ces actions sont encore très variables d’un établissement à l’autre, d’un territoire à l’autre, dépendant du bon vouloir des équipes pédagogiques et de la présence d’organismes qui peuvent travailler sur ces projets. L’enjeu est bien d’intégrer dans le contenu des programmes cette découverte du monde professionnel. C’est l’une des préconisations des Assises de l’entrepreneuriat qui se sont achevées à l’automne 2013 sur laquelle se penche actuellement le Conseil National Education Economie (CNEE). L’immersion professionnelle  : nous avons évoqué plus haut les formations en alternance. Celles-ci, ouvertes du niveau BEP au Master, permettent aux jeunes d’intégrer une entreprise, avec un contrat de travail, et d’alterner les temps de formation théorique avec des temps de mise en pratique. Le taux d’insertion dans l’emploi, selon le Céreq, est de 71 % pour les niveaux CAP et Bac Pro et de 85 à 90 % pour les diplômes d’enseignement supérieur. Bien que la qualité de ces formations soit reconnue par tous, il reste du chemin à faire pour changer l’image de ces cursus auprès des familles et du corps enseignant, mais aussi pour sensibiliser et accompagner les entreprises de toute taille afin de favoriser le recrutement d’apprentis. Par ailleurs, le dispositif de préapprentissage (classes DIMA), qui permet à des élèves de 15 ans de découvrir les métiers auxquels l’alternance forme, mériterait d’être développé. Il constitue notamment une réponse au décrochage scolaire, qui est très important en France.

Soutenir les jeunes entrepreneurs

L’entrepreneuriat séduit de plus en plus de jeunes. Face à ce constat, les dispositifs d’accompagnement se multiplient, que ce soit au sein des établissements d’enseignement supérieur (jeux concours de création d’entreprises, incubateurs, tutorat…) ou en dehors comme le Moovjee. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a lancé le dispositif PEPITE pour que des pôles favorisant l’entrepreneuriat étudiant soient constitués. Ce dispositif s’accompagne d’un statut de l’étudiant entrepreneur qui permettra aux jeunes diplômés de moins de 28 ans de bénéficier de la couverture sociale étudiante pendant un an. Emploi-jeunes-entrepreneurs-dossier-30062014 Ce type d’expérience permet à des jeunes de développer leur capacité à être porteur de projet, pour leur propre entreprise ou pour celle dans laquelle ils travailleront. Pour certains, la création d’entreprises peut constituer une issue pour sortir de la spirale de l’échec.  Ainsi, de nombreux organismes accompagnent et soutiennent les jeunes entrepreneurs issus de quartiers populaires qui sont plus sévèrement touchés par le chômage : les groupements de créateur, l’ADIE avec son dispositif Créa Jeunes, Planet ADAM Cré’acteurs

Accompagner les jeunes les plus éloignés de l’emploi

Début 2013, 1,9 million de jeunes de 15 à 29 ans étaient ni à l’école, ni en formation, ni dans l’emploi, soit 17 % de cette classe d’âge. Cette réalité des NEET n’est pas propre à la France, c’est pourquoi l’Union européenne a lancé en 2013 un programme Initiative Emploi des Jeunes. Dans ce cadre, 620 M€ de fonds européens vont être alloués à la France pour des actions en direction de ces jeunes en grande difficulté. La France a indiqué que ces fonds seront utilisés pour financer notamment : le développement du CIVIS (Contrat d’insertion dans la vie sociale proposée par les missions locales aux jeunes qu’elles accompagnent), des emplois d’avenir et la garantie jeunes en cours d’expérimentation dans 10 départements. Aujourd’hui, les jeunes qui n’ont jamais travaillé n’ont accès à aucune garantie de ressources. La « garantie jeunes » vise à répondre à cette situation qui pousse de nombreux jeunes dans la pauvreté. Elle s’adresse à ce public des NEET en situation de grande précarité. Une allocation est versée au jeune qui bénéficie également d’un accompagnement renforcé vers l’emploi par la mission locale durant un an. L’expérimentation a débuté en octobre 2013 dans 10 territoires. L’expérimentation est prolongée jusqu’au 31 décembre 2017, peu d’éléments de mesure d’impact ou d’évaluation ont été produits. Début 2016, 91 départements sont concernés, seuls 10 départements restent exclus de la mise en oeuvre de ce dispositif. L’objectif affiché par le Gouvernement est de toucher 100 000 jeunes d’ici 2017. L’une des difficultés de mise en œuvre de ce dispositif repose sur l’engorgement de certaines missions locales, qui n’arrivent plus à répondre aux différentes sollicitations. Au-delà de la question des ressources, le vrai enjeu consiste à redonner confiance à ces jeunes et la capacité à intégrer le monde du travail. La limite de l’action des missions locales réside dans son caractère très institutionnel. Or, pour des personnes sorties du système, il n’est pas évident d’effectuer la démarche d’aller dans une structure institutionnelle. Le documentaire les Règles du Jeu sorti en début d’année 2015 illustre la difficulté pour ces jeunes de s’approprier les codes du monde du travail, mais aussi pour les recruteurs de s’adapter à ces profils et ces parcours. En filmant l’accompagnement de ces jeunes par un cabinet de placement de chômeurs, ce documentaire met en exergue la nécessité d’une prise en charge adaptée et globale des personnes très éloignées de l’emploi, pour lesquelles les dispositifs classiques d’accompagnement ne peuvent être efficaces. Pour ces jeunes, il faut être en capacité d’apporter des réponses plus personnalisées, plus souples, de sortir des codes habituels pour permettre de faire tomber des tabous d’un côté comme de l’autre et de réinstaurer la confiance.  Quelques exemples non exhaustifs de structures qui proposent des accompagnements pour ces jeunes éloignés de l’emploi :

  • Apprentis d’Auteuil réinsère des jeunes en difficulté via des formations en apprentissage.
  • Nes&Cité va à la rencontre des jeunes dans les quartiers pour les préparer à des opérations de recrutement qui se déroulent en dehors des lieux habituels (dans des stades, dans un camion, directement chez les habitants…).
  • 100 Chances 100 Emplois prend en charge de jeunes adultes issus de quartiers en difficulté pour les accompagner dans la réalisation de leur projet professionnel.

Les entreprises également jouent leur rôle, quelques exemples dans la région lyonnaise :

  • Le Centre des Jeunes Dirigeants et le Prado s’associent pour proposer à des jeunes en difficulté un parcours de stages dans différentes entreprises.
  • April a mis en place le dispositif « 1re marche pour l’emploi » qui a permis à 25 jeunes, depuis septembre 2012, de suivre une formation de 400 heures sur 6 mois sur les pratiques des métiers de l’assurance puis d’être embauchés.
  • Le Medef Lyon Rhône en partenariat avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse a proposé à des chefs d’entreprise d’accompagner des jeunes ayant eu affaire avec la justice pendant 3 jours, le temps d’une marche.
  • Des entreprises parrainent des jeunes suivis par des missions locales, afin de leur faire découvrir le monde du travail et la vie en entreprise.

Le programme Initiatives Emploi Jeunes de l’Union Europeenne

Comme nous l’évoquons plus haut dans ce dossier (Chapitre « Perspectives et Nouvelles réponses »), l’Union européenne a lancé en 2013 le programme Initiatives Emploi Jeunes. L’objectif est d’inciter les Etats membres à développer des dispositifs pour fournir aux jeunes un emploi, un stage ou une formation dans les 4 mois suivant leur sortie d’école ou la perte d’un emploi. Le 8 octobre 2014, les chefs d’Etat de l’Union européenne se sont réunis à Milan pour faire le point sur ce programme, dans la continuité des sommets de Paris (novembre 2013) et Berlin (juillet 2013). Partout en Europe, le chômage touche plus les jeunes de moins de 25 ans que le reste de la population. Ainsi, selon Eurostat, le taux de chômage des moins de 25 ans s’établissait à 23,5 % dans l’Union européenne en 2013. UE-emploi-jeunes---dossiers---17102014 Face à cette réalité, l’Europe a décrété que l’emploi des jeunes constituait une priorité et a lancé l’initiative européenne pour l’emploi des jeunes. Ce programme est doté de 6 Mds € sur 2 ans (2014 et 2015). Les financements sont accordés en soutien à des dispositifs mis en place dans les territoires qui affichent un taux de chômage des jeunes supérieur à 25 %. 20 pays sont concernés, dont la France. Il semble que le programme mette du temps à se mettre en place. Selon le site www.localtis.info, seuls 4,3 M€ auraient été versés à ce jour. La France et l’Italie ont bénéficié de ces premiers versements. Lors du sommet de Milan, les chefs d’Etat français et italien ont plaidé pour un renforcement du dispositif. Ils souhaiteraient qu’il soit prolongé avec 20 Mds € supplémentaires sur la période 2016-2020.

En France, un appui aux dispositifs existants

Dans le cadre de ce programme, la France doit recevoir 620 M€ de l’Europe sur 2014 et 2015 pour soutenir des initiatives en faveur de l’emploi des jeunes. 35 % des fonds seront gérés par les Régions et 65 % directement par l’Etat. Ces crédits viennent en appui et renforcement des dispositifs existants dans 13 régions où le taux de chômage des jeunes dépasse les 25 % ainsi que 3 départements. Ces territoires sont : l’Aquitaine, l’Auvergne, le Centre, la Champagne-Ardenne, la Haute-Normandie, le Languedoc-Roussillon, le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion et Mayotte, ainsi que les départements des Bouches-du-Rhône, de la Haute-Garonne et de la Seine-Saint-Denis. Emploi-jeunes-FSE---dossier---17102014 Le Gouvernement français, dans son plan de mise en œuvre de ce programme, a précisé que ces crédits européens viennent en appui aux dispositifs existants mis en place pour prévenir le décrochage scolaire (en France, chaque année, 140 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme) et accompagner les jeunes les plus en difficulté (jeunes âgés de moins de 26 ans sans emploi, qui ne sont ni en étude, ni en formation). Ainsi, les fonds européens vont participer au financement de l’expérimentation de la garantie jeunes (cf. infra), de dispositifs tels que le service civique, le CIVIS, l’apprentissage, les écoles de la 2e chance. Les crédits européens devraient également venir renforcer les moyens de Pôle emploi et des missions locales. Aujourd’hui, il est difficile d’appréhender la répartition précise des fonds européens, sur tel dispositif, tel opérateur ou tel territoire. Les objectifs fixés par ce programme sont très ambitieux, il sera nécessaire de juger de son efficacité au regard de l’utilisation concrète qui en aura été faite.    

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