Article Actualités publié le 22 octobre 2015

Comment rapprocher les jeunes en difficulté du monde du travail ?

Tel était le thème de la journée d’études organisée par la Fondation du Prado le 15 octobre à Lyon. Différents intervenants ont échangé sur la base de leurs pratiques et retours d’expérience.

De ces échanges entre éducateurs, directeurs de structures, porteurs de dispositifs et entreprises sont ressortis des enseignements clefs quant à la manière d’aborder l’insertion professionnelle de ces jeunes en difficulté. Ces enseignements, pour la plupart, peuvent s’appliquer à d’autres types de publics en difficulté d’accès à l’emploi.

La nécessité d’une orientation choisie

L’implication de la personne dans la construction de son projet professionnel est indispensable pour garantir un retour pérenne à l’emploi. Pour les jeunes issus des structures de l’enfance en difficulté, c’est un véritable enjeu. En effet, ces jeunes placés par l’Aide Sociale à l’Enfance ou la Protection Judiciaire de la Jeunesse sont contraints, ils n’ont pas choisi d’être là.

Pour faciliter cette implication, le Prado organise des parcours de découverte du monde du travail. Ces immersions en entreprise s’effectuent dans le cadre d’un partenariat avec le Centre des Jeunes Dirigeants de Lyon. Neuf entreprises accueillent régulièrement des jeunes du Prado en stage découverte, ainsi ils peuvent se confronter à différents métiers et univers professionnels. Pour les jeunes qui ont un projet professionnel défini, des stages plus longs dans le secteur d’activité choisi sont mis en place.

Ce travail est également effectué par les différents acteurs de lutte contre le décrochage scolaire, afin de remobiliser le jeune sur un retour en formation. Les missions de lutte contre le décrochage scolaire prennent en charge les jeunes décrocheurs pendant un an afin de préparer le retour en formation. Elles travaillent avec les jeunes décrocheurs sur la confiance en soi et en l’institution, sur les compétences de base et le savoir être.  L’accompagnement est ponctué de différents stages de 9 à 12 semaines pour construire le projet professionnel. Le choix de la formation doit se faire en fonction de l’envie du jeune d’exercer tel ou tel métier.

Cette mobilisation en amont peut être déclenchée par le témoignage d’autres jeunes qui ont connu également des parcours difficiles et ont réussi à rebondir, à trouver un métier. L’impact de ces témoignages peut être fort, car le jeune peut se raccrocher à une réalité proche de la sienne.

Retour en formation ou accès à l’emploi ?

De nombreux dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire existent. En effet, il est primordial de s’assurer que la majorité de ces jeunes obtiennent une qualification, sésame pour trouver du travail.

Néanmoins, pour de nombreuses personnes il reste difficile de se projeter dans un retour en formation : incapacité à suivre une formation classique ou urgence de travailler pour avoir un salaire.  

Face à cette réalité, il est indispensable de proposer des modules de formation adaptés et d’inviter les entreprises à élargir leurs critères de recrutement.

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Depuis quelques années, des modules de formation courte, avec des nouvelles approches pédagogiques, centrées sur l’acquisition de compétences techniques favorisant un accès plus rapide à l’emploi émergent. Citons par exemple des écoles de développement web comme Simplon ou l’Ecole 42, la formation Cuisines Mode d’Emploi ouverte par Thierry Marx à Paris.

Du côté des entreprises, des acteurs se positionnent afin de favoriser un changement de posture par rapport au recrutement. Que ce soit l’association Transfer à Bordeaux ou le dispositif P.E.R.L.E à Lyon, l’accompagnement vers l’emploi fonctionne car il part des besoins de l’entreprise en termes de compétences pour le poste. L’association analyse les besoins du recruteur et propose en fonction des candidats correspondants au profil de poste et à l’entreprise. L’accompagnement se poursuit pendant les premiers mois de la prise de poste afin de faciliter l’intégration de la personne dans l’entreprise.

La question de l’accès aux dispositifs de droit commun

Les politiques publiques de l’emploi proposent de multiples dispositifs d’accès à l’emploi. L’accès à ces dispositifs de droit commun pour des jeunes issus de l’Aide Sociale à l’Enfance ou de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, comme pour beaucoup de personnes qui ont des parcours d’accès à l’emploi difficiles et semés d’échecs, suppose une préparation, une étape préalable.

Un jeune décrocheur peut mettre plus de 2 ans pour trouver le chemin d’une mission locale. Cela illustre la difficulté pour les bénéficiaires potentiels de s’approprier les outils ou aides existantes. Pourquoi ? Par manque de repères, par auto-censure, par rejet de l’institution, par peur de l’échec. Afin d’éviter que le placement direct dans un dispositif de droit commun (un retour en formation, un contrat aidé…) se solde par un abandon et donc un nouvel échec, des dispositifs complémentaires et adaptés existent. Par exemple :

  • le dispositif ESPOIR (lycée professionnel Albert de Musset à Villeurbanne) : il s’adresse à des jeunes qui ne peuvent pas intégrer un parcours de Mission de lutte contre le décrochage scolaire car le travail de remobilisation doit être beaucoup plus approfondi. Ces jeunes sont très déscolarisés, un décrochage scolaire qui s’accompagne d’un décrochage social. Ce dispositif accompagne également des mineurs étrangers.  Pendant 7 à 8 semaines, des ateliers permettent d’apprendre ou réapprendre les codes sociaux et de reprendre confiance en soi. Puis une phase de stages et d’immersion professionnelle s’ouvre. Chaque jeune doit trouver son stage par lui-même afin d’être acteur de son projet.
  • Jobs&Cité : aller vers les personnes en marge des dispositifs de droit commun, tel est le leitmotiv du cabinet Nes&Cité qui a développé différentes actions autour de l’accès à l’emploi. Des rencontres sont organisées entre recruteurs et candidats issus des quartiers avec, en amont de chaque événement, un maillage du territoire par les médiateurs de Nes&Cité qui vont à la rencontre des habitants, jusque dans les cages d’escalier.
  • Pôle insertion Prado l’Autre Chance  : il accueille des adolescents qui sont placés au titre de l’enfance en danger ou l’enfance délinquante et qui connaissent une déscolarisation profonde. Les jeunes sont pris en charge 30 heures par semaine pendant 6 mois, avec un accompagnement éducatif (travail sur le comportement, les codes sociaux, le rythme de vie …) et des ateliers de préparation à l’emploi (conseils sur recherche d’emploi, rendez-vous à la mission locale, rencontre avec un chef d’entreprise…). La prise en charge est globale : accompagnement éducatif, pédagogique, insertion à la vie sociale et au monde professionnel.

Les passerelles avec le monde de l’entreprise

Les différents intervenants à cette journée d’études ont tous rappelé la nécessité de renforcer les liens entre le monde du travail et le monde de l’insertion professionnelle. Ceci afin de favoriser la compréhension mutuelle, de briser les tabous et de créer des passerelles.

Deux dirigeants qui participent au partenariat CJD-Prado, et un chef d’entreprise qui recrute des jeunes qui sont formés par les Apprentis d’Auteuil ont témoigné. Pour eux, il est indispensable que ce dialogue s’établisse avant et pendant le stage ou les premiers mois de la prise de poste. Dans le cadre d’un stage, il est important de bien rappeler au jeune le rôle de chacun : l’entreprise n’est pas là pour l’éduquer mais pour le former, lui permettre d’acquérir les compétences et savoir-faire utiles à son travail.

Pour ces dirigeants, l’ouverture à des jeunes en difficulté d’accès à l’emploi représente une vraie richesse. Elle apprend le risque et la gestion de l’échec (il faut admettre lorsque le jeune abandonne), elle mobilise les équipes autour d’un projet partagé. Afin de préparer l’accueil, il est indispensable d’impliquer le manager, la personne qui sera en charge d’intégrer le jeune dans son équipe.

 

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