Article Actualités publié le 22 avril 2015

Emploi des jeunes : un bilan en demi-teinte

Dimanche dernier, François Hollande s’est exprimé sur Canal + à l’occasion de ses trois ans à l’Elysée. Une intervention qu’il a souhaité placer sous le signe de la jeunesse, en rappelant que la lutte contre le chômage des jeunes constituait une priorité de son Gouvernement.

Selon les dernières données du Ministère du travail et de l’emploi, Pôle Emploi comptabilisait fin février 2015 791 900 jeunes de moins de 25 ans inscrits en catégories A, B et C (donc tenus d’effectuer des actes positifs de recherche d’emploi), soit 3 % de plus en 1 an. Parmi ces jeunes, 537 100 n’exercent aucune activité (catégorie A) et 254 800 occupent une activité réduite. Selon l’’Insee, qui mesure le taux de chômage au sens du Bureau International du Travail, le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans s’établissait à 23,7 % au quatrième trimestre 2014. Cette situation est d’autant plus préoccupante dans les zones urbaines sensibles : selon l’Observatoire des inégalités 45 % des jeunes de 15 à 24 ans sont touchés par le chômage.

Un bilan en demi-teinte

Les emplois d’avenir constituent la principale mesure dédiée à l’emploi des jeunes. Entre novembre 2012 et septembre 2014, 155 000 emplois d’avenir ont été signés. Outil classique de la politique publique de l’emploi, ce contrat aidé favorise l’embauche de jeunes par des employeurs essentiellement du secteur non marchand par une prise en charge partielle du coût par l’Etat (aide à hauteur de 75 % du Smic pour le secteur non marchand et 35 % du Smic pour le secteur marchand).

Ce succès reste en demi-teinte, notamment concernant l’obligation de formation qui constituait pourtant l’une des spécificités de ce contrat aidé. Ainsi, selon une étude menée par l’Institut Schwartz dans 6 territoires et publiée le 5 février 2015, l’offre de formation existante n’est pas suffisamment adaptée aux spécificités du parcours du jeune en emploi d’avenir.

Cette étude souligne l’intérêt de ce dispositif, qui permet à des jeunes peu ou pas qualifiés d’accéder à un emploi non précaire (CDI ou CDD de longue durée et temps complet). Néanmoins, les jeunes les plus éloignés de l’emploi  ne sont pas suffisamment pris en compte, la majorité des bénéficiaires ont déjà acquis une expérience professionnelle et sont relativement autonomes. Par ailleurs, l’objectif de 25 % de bénéficiaires issus des ZUS (zones urbaines sensibles) n’a pas été atteint. Les raisons invoquées sont essentiellement liées à des difficultés de mobilité et au fait que les recruteurs ont sélectionné en amont leur candidat avant de se rapprocher de la mission locale pour la signature du contrat.

Qu’en est-il de la situation de ces jeunes bénéficiaires une fois sortis de l’emploi d’avenir ? Combien ont été embauchés en contrat ordinaire ? Combien sont retournés en formation ? Combien sont de nouveau au chômage ? Le dispositif ayant été mis en place en 2012, il est encore trop tôt pour évaluer l’impact en termes d’insertion professionnelle durable.

Un nouveau contrat aidé vient de voir le jour, le CIE starter. Ce nouveau contrat, annoncé le 6 mars dans le cadre du comité interministériel égalité et citoyenneté, est entré en vigueur le 14 avril. Il cible les jeunes en grande difficulté d’insertion professionnelle et concerne uniquement le secteur privé. 13 000 contrats starter sont prévus sur 2015. Alors que l’emploi d’avenir n’a pas réussi à cibler suffisamment les jeunes très éloignés de l’emploi, en quoi ce nouveau contrat aidé y arrivera-t-il ? Les problèmes de mobilité, de manque d’offre sur les territoires concernés et de recrutement fermés pointées par l’Institut Schwartz dans son étude sur les emplois d’avenir, risquent de se retrouver dans la mise en œuvre opérationnelle de ce nouveau dispositif.

Le cafouillage autour de la prime d’activité

La prime d’activité doit entrer en vigueur début 2016, elle remplacera le RSA activité et la prime pour l’emploi. Lors de son interview sur Canal +, François Hollande a indiqué que ce dispositif serait accessible aux jeunes de moins de 25 ans qui font des petits boulots. Il est bien prévu que les jeunes actifs de moins de 25 ans puissent bénéficier de cette prime, les critères d’octroi étant basés sur les revenus et la situation familiale et non sur l’âge. Le Président de la République a laissé entendre que des jeunes en formation, étudiants ou alternants, pourraient également toucher cette aide de l’Etat. Mais le projet de loi sur le dialogue social, présenté ce matin en Conseil des ministres, n’a pour l’instant pas prévu cet élargissement. Le 3 mars, lorsque Manuel Valls a présenté cette prime d’activité, il a indiqué que le budget global s’établirait à 4 Mds €. Si le périmètre des bénéficiaires est élargi à budget constant, cela signifie que les travailleurs pauvres toucheront une prime moins importante qu’annoncée… De nombreux débats parlementaires en perspective, en espérant qu’ils faciliteront la lisibilité et compréhension de ce nouveau dispositif.

S’agissant de l’emploi des jeunes, comme de la politique publique de l’emploi de manière générale, la multiplication des dispositifs et des mesures rend difficile leur appropriation par les employeurs et leur compréhension par les bénéficiaires potentiels.

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