Article Actualités publié le 1 septembre 2016

Le Service Civique, tremplin vers l’emploi ?

Le Service civique s’adresse aux jeunes de 16 à 25 ans qui souhaitent s’engager au service de l’intérêt général, sans condition de diplôme. Une expérience qui peut s’avérer enrichissante et formatrice sur le plan de la construction du projet professionnel.

Créé en 2010, le service civique a connu une accélération cette année du fait de la volonté du Gouvernement de toucher 350 000 jeunes d’ici 2018. L’année dernière, 53 000 jeunes ont effectué une mission de service civique. Le budget de l’Agence nationale du Service Civique, qui pilote ce dispositif, s’élevait à 234 M€ en 2015. Il s’établit à 300 M€ en 2016 afin de permettre à 110 000 jeunes d’effectuer une mission. En effet, chaque volontaire reçoit une indemnité de 577 € par mois, financée en grande partie par l’Etat.

Les structures d’accueil sont en grande majorité des associations (75 %), le secteur public reçoit 25 % des jeunes volontaires, dont 8 % au sein de collectivités locales. En 2015, 6 200 organismes avaient obtenu l’agrément pour accueillir des jeunes en service civique. Les plus importants sont la Ligue de l’enseignement, Unis-Cité, les missions locales, l’AFEV, Animafac, l’Arche en France, les MJC, la Croix-Rouge, les Centres de vacances et de loisirs et les CRIJ.

Les missions durent entre 6 et 12 mois, en France ou à l’étranger et s‘effectuent dans un domaine lié à l’intérêt général : solidarité, environnement, sport, culture, éducation, santé, intervention d’urgence, mémoire et citoyenneté, aide humanitaire.

Quel impact en termes d’insertion professionnelle ?

La vocation du service civique n’est pas l’accès à l’emploi mais bien la participation à une mission d’intérêt général. Néanmoins, en période de chômage élevé notamment pour les jeunes, la question du rôle qu’il joue dans le parcours d’insertion professionnelle est posée. Cet engagement volontaire doit constituer pour chaque jeune une étape constructive dans son projet personnel : choix d’orientation, découverte du monde professionnel, acquisition de nouvelles compétences. Certains jeunes effectuent un service civique pour conforter une vocation, d’autres pour faire une pause et prendre du recul, d’autres encore pour acquérir une expérience de terrain avant d’entrer dans la vie professionnelle. Dans cette optique, la structure qui accueille un jeune volontaire doit l’accompagner tout au long de son engagement pour bien préparer la suite (échange sur les compétences acquises, bilan, attestation). A ce titre, l’Etat verse aux associations une subvention mensuelle de 100€ par jeune pour l’aide au tutorat. Par ailleurs, les volontaires bénéficient d’une formation civique et citoyenne et d’une formation pratique aux premiers secours.

En février mars 2013, TNS Sofres a interrogé d’anciens volontaires pour évaluer leur satisfaction. Les jeunes étaient en grande majorité satisfaits de leur mission (89 %), notamment de l’autonomie acquise et de l’intérêt à participer à une action utile sur le plan social. Cela leur a permis de travailler avec des professionnels et de découvrir le monde du travail. 61 % des anciens volontaires estiment que le service civique les a aidés à trouver un emploi : du fait du développement de nouvelles compétences, de l’expérience terrain qui intéresse les recruteurs, de l’augmentation de la confiance en soi. Pour 69 % des jeunes qui ont participé à l’enquête, cette expérience les a fait avancer dans leur réflexion sur leur choix d’orientation ou la construction de leur projet professionnel.

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Pour aller plus loin dans cet accompagnement dans l’après mission, l’Institut de l’Engagement intervient auprès des jeunes volontaires à l’issue de leur service civique. Cet Institut repère les jeunes qui présentent un potentiel en termes d’autonomie, de créativité, de sens de l’initiative, d’ouverture d’esprit et les accompagne dans leur projet (formation, recherche d’emploi ou création d’activité). Les jeunes intéressés peuvent candidater en ligne (le calendrier et la procédure d’admission sont précisés sur le site de l’Institut). La sélection se fait en deux temps : sur dossier puis suite à un entretien oral.

Des points de vigilance

La montée en puissance du service civique ne doit pas se faire au détriment de la qualité des missions proposées aux jeunes et de leur encadrement. En effet, le jeune volontaire n’est pas censé remplacer un poste salarié. Il ne peut être recruté pour effectuer des tâches liées au fonctionnement ou à la gestion de la structure, il doit être missionné sur un projet. L’autre point de vigilance concerne la qualité de la formation civique et citoyenne, qui contrairement à la formation aux premiers secours, n’est pas normée, bien qu’il existe un référentiel défini par l’Agence nationale du Service Civique. Dans le cadre de son Rapport annuel 2014, la Cour des Comptes s’inquiétait du manque de contrôle de la mise en œuvre effective des formations, du fait de la multiplication des missions proposées, notamment par des petites structures. Elle indiquait l’importance de communiquer sur les spécificités du service civique, afin que les organismes d’accueil, les tuteurs, mais également les jeunes s’engagent en connaissance de cause. Une préoccupation qui a été reprise par l’Agence nationale du Service Civique, à l’occasion du Rassemblement des forces de l’engagement organisé le 31 août dernier à l’Elysée,  soulignant la nécessité de « former et d’informer toutes les parties prenantes ».

Le service civique a vocation à s’adresser à tous les jeunes et à favoriser la mixité sociale. Selon le dernier rapport d’activité de l’Agence nationale du service civique, la répartition des profils est similaire à la population des jeunes de moins de 26 ans (en termes de niveau de qualification, de niveau de revenus, d’origine sociale). Néanmoins, la part des jeunes porteurs d’un handicap reste faible, alors même qu’ils bénéficient d’une dérogation à la limite d’âge. Ils peuvent effectuer un service civique jusqu’à l’âge de 30 ans. S’agissant de la mixité, elle passe notamment par des missions réalisées en équipe, ce qui est plus difficile à mettre en œuvre dans des petites structures qui ne vont accueillir qu’un volontaire.

Enfin, le dernier point de vigilance concerne la maîtrise des coûts. La Cour des Comptes dans son rapport estimait le coût pour le budget de l’Etat de 1000 € par mois par jeune. Elle présentait différentes pistes pour réduire le coût unitaire :

  • Modulation de l’indemnité versée au jeune en fonction du nombre d’heures effectuées par semaine (entre 24 h et 35 h).
  • Implication des structures d’accueil dans le financement du dispositif (actuellement le coût est essentiellement supporté par l’Etat). La Cour des Comptes propose que l’aide au tutorat soit supprimée et prise en charge directement par les structures.
  • La Cour des Comptes estime par ailleurs que des marges de manœuvre existent dans les dépenses de fonctionnement de l’Agence nationale, notamment concernant ses dépenses de communication.
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