Article Actualités publié le 8 mars 2017

Un service militaire volontaire pour jeunes décrocheurs

Le Service Militaire Volontaire a été mis en place en 2015, suite au Comité interministériel à l’égalité et la citoyenneté du 6 mars 2015. La loi relative à la sécurité publique du 1er mars 2017 prolonge ce dispositif en accordant le statut de stagiaire de la formation professionnelle aux volontaires.

Le 29 octobre 2015, le Président de la République inaugurait le premier centre de service militaire volontaire (SMV) en Moselle qui accueille 110 jeunes. Ce nouveau dispositif en direction des jeunes décrocheurs fait partie des mesures du Comité interministériel égalité et citoyenneté qui s’est tenu après l’attentat contre Charlie Hebdo. Deux autres centres ont ouverts en 2016 à Brétigny-sur-Orge et à la Rochelle. Au total, 1 000 jeunes ont été pris en charge en 2016 dans le cadre du SMV, avec un taux d’insertion proche de 75 % (sortie vers l’emploi – CDI ou CDD de plus de 6 mois – ou vers la formation, notamment contrat de professionnalisation ou contrat d’apprentissage).

Le Service militaire volontaire s’inspire du Service militaire adapté (SMA), dispositif déployé uniquement dans les territoires d’outre-mer et qui affiche de bons résultats (77,4 % des bénéficiaires sont en sortie positive en 2014 : en formation ou en emploi). Le SMA a accueilli 5 847 jeunes en 2016. Il se base sur une formation citoyenne, une remise à niveau scolaire (15 % du temps de formation), un accompagnement sur le projet professionnel et l’accès à l’emploi, une formation professionnelle certifiante, pré-certifiante ou qualifiante et des stages en entreprise.

 Une expérimentation jusqu’au 31 décembre 2018

Après des premiers résultats jugés satisfaisants, l’expérimentation du Service Militaire volontaire est prolongée jusqu’au 31 décembre 2018. A l’origine, le financement du dispositif était exclusivement supporté par l’Etat, le coût étant de 25 000 € par stagiaire, hors frais d’infrastructure. La loi relative à la sécurité publique en prolongeant l’expérimentation ouvre d’autres sources de financement en accordant aux volontaires le statut de stagiaire de la formation professionnelle. 

Le service militaire volontaire s’adresse à des jeunes de 18 à 25 ans sans diplôme ou peu qualifiés qui s’engagent volontairement dans cette démarche. Il s’agit d’un parcours de préformation encadré par l’armée : les jeunes sont hébergés dans un centre militaire, ils reçoivent par ailleurs une solde de 313 € nets par mois. Durant ce parcours qui dure entre 6 et 12 mois, ils apprennent les règles de vivre ensemble dans le cadre de la discipline de l’armée et sont accompagnés dans leur projet professionnel. Des cours de remise à niveau scolaire peuvent être délivrés par des professeurs des écoles. Des immersions dans des entreprises devront permettre aux jeunes de découvrir le monde professionnel. A l’issue du SMV, les jeunes recevront une attestation, mais pas de qualification (sauf s’ils ont suivi dans le cadre du SMV une formation qualifiante chez un partenaire). Les volontaires reçoivent également une formation civique, une formation aux premiers secours et ils peuvent passer leur permis de conduire. 

 Quelle différence avec l’EPIDE ?

Hasard du calendrier, le SMV a démarré en 2015, l’année des 10 ans de l’EPIDE. Ces établissements accueillent des jeunes de 18 à 25 ans sans diplôme ou peu qualifiés dans un cadre militaire. Les jeunes sont hébergés durant la semaine, ils suivent des cours de remise à niveau sur les compétences de base (certificat de formation générale) et sont accompagnés sur la définition de leur projet professionnel, ils effectuent des stages dans les entreprises partenaires. Le jeune peut également passer son permis B durant son parcours dans un Epide. Chaque jeune signe un contrat d’engagement et perçoit une allocation mensuelle de 210 €.

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Lors de leur création, il a semblé évident de ne pas développer d’Epide outre-mer puisque le Service Militaire Adapté (SMA) remplissait une mission similaire.

La même similarité existe entre le SMV et l’Epide : ces deux dispositifs ciblent les mêmes jeunes, proposent le même type de parcours et s’appuient sur un encadrement militaire. Pourquoi alors avoir créé le SMV et ne pas avoir concentré les efforts sur les dispositifs existants afin de renforcer leur capacité d’accueil et leur efficacité ? Certes, lors du Comité interministériel du 6 mars 2015, les Epide n’ont pas été oubliés avec l’ouverture de  1 000 places d’accueil supplémentaires en 2016. La France compte 19 centres Epide. Le taux de sortie positive s’établit à 50 %, 41 % des jeunes abandonnent en cours de route ou sortent de l’Epide sans solution.

 Quelle évaluation et coordination entre les différents dispositifs ?

L’accompagnement des jeunes décrocheurs et des NEET (jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en école, ni en formation) constitue une priorité. Il est normal d’investir et d’accompagner de façon particulière ces jeunes afin de leur donner une chance de rebondir et de se construire un avenir.

Néanmoins, la question de l’efficacité de la superposition d’autant de dispositifs sur un public similaire se pose. Au-delà de ces dispositifs qui reposent sur l’implication de l’armée, les jeunes décrocheurs et plus largement les NEET sont au cœur des Ecoles de la 2e chance et de la Garantie jeunes.

Le dispositif du Service Militaire Volontaire doit faire l’objet d’une évaluation avant la fin de son expérimentation. Elle portera sur le niveau de diplôme des bénéficiaires, sur l’impact de la formation en termes d’insertion professionnelle et sur le coût financier global. Dès à présent, un suivi de cohorte est effectué par le laboratoire CNRS de Marne la Vallée (comme indiqué dans l’étude d’impact sur le projet de loi relatif à la sécurité publique). Les premiers éléments de ce suivi font état d’un impact intéressant sur les jeunes : reprise de confiance, amélioration du niveau de qualification, mobilité accrue avec le passage du permis de conduire, sens du travail en équipe.

La Cour des Comptes dans son rapport sur l’accès à l’emploi des jeunes d’octobre 2016 pointe cette multiplication des dispositifs qui sont concurrents entre eux. Elle préconise une rationalisation de l’offre afin de la rendre plus lisible pour les jeunes et pour les différents acteurs qui les accompagnent dans leur insertion professionnelle et sociale.

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