Article Actualités publié le 11 février 2015

La lutte contre le chômage de longue durée

Le 7 février, le ministre du Travail François Rebsamen a présenté un plan de lutte contre le chômage de longue durée. Ces annonces arrivent 7 mois après que cette question ait été érigée en priorité nationale par le Président de la République.

La notion de chômage de longue durée recouvre les périodes de chômage (sans emploi ou en activité réduite inférieure à 78h par mois) supérieures à un an. Selon les dernières données publiées par le ministère du travail, en décembre 2014 : 2 254 600 demandeurs d’emploi (catégories A,B et C) étaient inscrits à Pôle Emploi depuis un an ou plus. Ce chiffre augmente de 9,7 % sur un an.

Les mesures proposées par François Rebsamen

Le plan intitulé « Nouvelles solutions face au chômage de longue durée » regroupe essentiellement des mesures qui ont déjà été annoncées voire adoptées.

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Il rappelle les objectifs assignés à Pôle Emploi pour les 3 prochaines années :

  • Pôle Emploi devra suivre le double de personnes en accompagnement intensif d’ici 2017, soit 460 000 chômeurs.
  • Pôle Emploi doit améliorer la qualité du diagnostic de situation au moment de l’inscription, pour cela les aspects administratifs devraient être dématérialisés d’ici fin 2015.

Il s’appuie également sur des mesures adoptées dans le cadre de la loi réformant la formation professionnelle de mars 2014 :

  • Le compte personnel de formation (avec des heures de formation offertes aux chômeurs qui n’ont pu cumuler des heures lors d’une précédente activité).
  • La période de mise en situation en milieu professionnel (qui permettra à des chômeurs d’effectuer des stages en entreprise, pour découvrir un métier, pour conforter un projet professionnel ou pour initier une démarche de recrutement).

Par ailleurs des mesures d’ajustement des contrats de professionnalisation seront prises pour les adapter à la situation des chômeurs de longue durée, notamment des seniors, comme cela était évoqué dans le cadre du plan de lutte contre le chômage des seniors présenté en juin dernier.

Le plan prévoit également de s’appuyer sur le secteur de l’insertion par l’activité économique et sur les groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ).

La question des freins périphériques au retour à l’emploi est abordée, notamment la garde d’enfant et l’accès au logement, mais sans action d’application immédiate.

Un accélérateur d’innovation sociale

La vraie nouvelle solution repose sur une mesure parmi les 20 présentées le 7 février : « créer un accélérateur d’innovation sociale pour aider les initiatives locales créatrices d’emploi pour les publics éloignés de l’emploi à se développer ».

Le ministre du Travail entend confier à l’Agence Nationale des Solidarités Actives un travail de veille, d’évaluation, d’expérimentation et de soutien aux projets. C’est une très bonne chose, il faudrait aller encore plus loin, s’appuyer sur l’ensemble des réseaux et acteurs qui repèrent et accompagnent ces différentes initiatives qui créent des solutions dans la lutte contre le chômage. Evolem Citoyen valorise régulièrement ces solutions de terrain, des réseaux tels que les Zèbres et le GNIAC recensent également de nombreuses initiatives, mais aussi l’Apriles (Agence des pratiques et initiatives locales).

Le projet « territoire zéro chômeur de longue durée » porté par ATD Quart-Monde figure dans le plan à titre d’exemple d’initiative intéressante. Ce dispositif a été présenté par l’association en juin 2014 sur un double constat : sur un même territoire, des personnes désespèrent de retrouver un emploi et des besoins ne sont pas couverts car pas suffisamment rentables.  L’idée est de transférer le coût de l’indemnisation du chômeur sur un fonds de financement qui subventionnerait des entreprises pour l’embauche de ces chômeurs sur des emplois répondant à des besoins non satisfaits. Cette idée avait déjà été abordée par le groupe de travail « Emploi, Travail, Formation professionnelle » dans le cadre de la Conférence nationale contre la pauvreté en novembre 2012 (mesure 20 du rapport de ce groupe remis en novembre 2012).

Les actions mises en œuvre depuis plus de 20 ans par l’association Transfer à Bordeaux illustrent elles-aussi la pertinence de regarder ce qui se passe sur le terrain ! Cette association a notamment développé la méthode IOD (méthode d’intervention sur les offres et les demandes) qui se base à la fois sur l’accompagnement du demandeur d’emploi et sur le travail avec le recruteur (définition du poste, priorisation des besoins, pré-sélection des candidats, accueil et management de la personne recrutée).

Espérons que cette ouverture du Gouvernement vers l’innovation sociale ne constitue pas une simple annonce. Cette démarche est indispensable pour donner un nouveau souffle aux politiques publiques et réponses institutionnelles et apporter des solutions nouvelles, complémentaires mises en oeuvre à l’échelle de territoires.

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