Article Actualités publié le 7 mai 2014

Le plan anti-chômage du Gouvernement

Depuis la publication des derniers chiffres du chômage, le Président de la République et le Gouvernement multiplient les annonces sur le front de l’emploi. Retour sur les grands axes de ce plan anti-chômage.

A l’occasion d’une réunion avec les partenaires sociaux ce lundi 5 mai, le ministre du Travail a précisé les trois axes d’intervention qui visent essentiellement à s’appuyer sur le renforcement de dispositifs existants.  La promotion de l’apprentissage, la valorisation du contrat de génération et le développement de formations prioritaires pour les chômeurs de longue durée constituent la colonne vertébrale de ce plan.

Réunion de mobilisation pour l’emploi – 28/04/2014 – Maison de la Chimie

Sur l’apprentissage, rappelons que le nombre de jeunes apprentis est en baisse de 8 % par rapport à l’année dernière. Quelles raisons expliquent une telle chute alors que cette formation est reconnue en termes d’insertion professionnelle ? Du point de vue des employeurs, la crise économique a eu un impact sur l’embauche des apprentis, tout comme la diminution des aides. En effet, les entreprises disposent de 3 types d’aide : des exonérations de cotisations sociales, un crédit d’impôt et une prime versée par la Région. Le crédit d’impôt a été supprimé pour l’embauche d’un apprenti préparant un diplôme supérieur à Bac + 2 et les primes d’apprentissage sont réservées aux entreprises de moins de 11 salariés.

Objectif : 500 000 apprentis d’ici 2017

Par ailleurs, l’image de ces formations reste dévalorisée. La voie de l’apprentissage souffre d’une mauvaise reconnaissance au sein même de l’Education nationale. L’absence du ministre de l’Education nationale lors du déplacement de François Hollande hier à Villiers-le-Bel dans un Centre de Formation d’Apprentis illustre bien le manque d’intérêt de l’Education nationale pour cette voie non académique, comme le soulignait Emmanuel Davidenkoff sur Radio France.  Le Gouvernement avance l’objectif de 500 000 apprentis d’ici 2017 avec fermeté. Il est utile de spécifier les mesures concrètes qui seront prises, et notamment vis-à-vis des Régions qui sont décisionnaires sur le développement de cette filière. 

Un plan d’action pour l’emploi des seniors

François Rebsamen, ministre du Travail, présentera à la mi-juin un plan d’action spécifique pour l’emploi des seniors. Les grandes lignes de ce plan ont été dévoilées : valorisation du contrat de génération et utilisation du contrat de professionnalisation et du CIE (contrat initiative emploi).

Le contrat de génération, créé en 2013, prévoit, pour les entreprises de moins de 300 salariés, une aide de l’Etat de 4000 € par an pendant 3 ans pour l’embauche d’un jeune en CDI avec le maintien d’un senior dans l’emploi. Pour les entreprises de plus de 300 salariés, la mise en œuvre repose sur le dialogue social, un accord ou un plan d’action doit être adopté par l’entreprise. Sur les 75 000 annoncés par le Gouvernement au lancement, seuls 24 000 contrats ont été signés. Afin de promouvoir cette formule, les Préfets et sous-préfets ont été invités à faire connaître et à contribuer largement à la diffusion de cette mesure.

La deuxième piste s’appuie sur des dispositifs existants afin de les ouvrir plus facilement aux chômeurs de plus de 50 ans. Il s’agit du contrat de professionnalisation et du CIE, un contrat aidé spécifique au secteur marchand.  S’agissant du contrat de professionnalisation, il comporte déjà d’avantages pour les plus de 45 ans avec une exonération totale des charges patronales et une prime de 2 000 €. Le CIE quant à lui est déjà ouvert aux seniors, mais sans avantages particuliers pour l’employeur. 

Phototeque-Pole-Emploi-2

Pour les chômeurs de longue durée, le Gouvernement entend amplifier le développement des formations sur des métiers en tension auprès des chômeurs de longue durée. Après le plan 30 000, qui selon Pôle Emploi a porté ses fruits, l’objectif porte sur 100 000 formations en 2014.

Les limites d’une approche centrée sur des dispositifs avec des objectifs chiffrés

Que penser de ces annonces ? Il est certain que face à la situation du chômage en France il faut réagir vite. Mais cette urgence ne doit pas mettre de côté la nécessaire évaluation des dispositifs existants avant de décider du renforcement de telle ou telle mesure. Or, la réponse du Gouvernement s’appuie essentiellement sur le renforcement de dispositifs, objectifs chiffrés à l’appui : X contrats d’apprentissage, X contrats de génération, X CIE, X places de formation prioritaire, X emplois francs (la relance des emplois francs a été annoncée par Najat Vallaud Belkacem) …

Bertrand Martinot dans son livre Inverser la courbe du chômage estime que la France applique une politique d’emplois aidés depuis 20 ans sans réelle efficacité d’ensemble. Il doute de l’efficacité en termes d’insertion durable dans l’emploi, du fait notamment d’un manque d’accompagnement du bénéficiaire à la sortie du dispositif.

Michel Abhervé sur son blog pour Alternatives Economiques, pointe les limites d’une approche purement quantitative. Ainsi les acteurs du service public de l’emploi gèrent des enveloppes et doivent répondre à des objectifs très précis de remplissage de dispositifs. Or, le rôle du service public est bien de proposer la solution la mieux adaptée à la situation du demandeur d’emploi et au contexte de l’entreprise.

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