Article Actualités publié le 4 février 2016

Lever les freins à la mobilité

Le 28 janvier, se tenaient à Paris les 3e rencontres de la mobilité inclusive sur le thème de l’accès à l’emploi et de l’intégration sociale. Les difficultés de mobilité constituent l’un des principaux freins dits périphériques pour l’accès à l’emploi.

Ces rencontres ont été organisées par le Laboratoire de la mobilité inclusive qui fédère différents acteurs concernés par cette question : structures du service public de l’emploi, associations qui interviennent auprès de personnes en précarité, entreprises. Ce laboratoire se donne pour mission de faire émerger des réponses à cet enjeu de la mobilité pour tous et de favoriser l’innovation en faisant réfléchir ensemble des acteurs qui interviennent à différents niveaux.

Les problèmes de mobilité concernent 7 millions de personnes en âge de travailler

Selon une étude réalisée par le Laboratoire de la mobilité en novembre 2013, les difficultés de mobilité concernent 20 % des adultes en âge de travailler, soit près de 7 millions de personnes. Les structures d’accompagnement à l’emploi qui ont participé à cette enquête estiment que la mobilité représente l’un des principaux freins d’accès à l’emploi après la formation, devant le logement et la santé. Du côté des entreprises, 65 % des employeurs interrogés précisent que la possession du permis de conduire constitue un critère de recrutement. Selon eux, la difficulté de déplacement justifie 59 % de refus de poste par des candidats. Evolem Citoyen a fait mesurer cette difficulté auprès des jeunes dans une enquête réalisée par Opinion Way en avril 2015 : 40 % des jeunes interrogés indiquaient ne pas postuler à une offre ou refuser un travail pour des questions de mobilité.

La dernière enquête Statistiques réalisée par le Secours Catholique s’est également intéressée à cette question. Plus de 4000 personnes ont été interrogées, une partie en situation de précarité, l’autre non, afin de pouvoir comparer les usages. 50 % des personnes de moins de 60 ans en précarité ont le permis de conduire contre 75 % dans la population de référence. Par ailleurs, les personnes en précarité utilisent moins de solutions alternatives comme le co-voiturage, faute d’accès à Internet. La fracture numérique renforce alors la fracture mobilité et la situation d’isolement de ces personnes qui ne peuvent profiter des nouveaux outils et aides accessibles via Internet.

Selon ces différentes études,  les deux principaux freins à la mobilité sont d’ordre financier (coût du permis de conduire, de l’achat et l’entretien d’un véhicule, de la location) et organisationnel (pas d’Internet donc pas d’accès aux modes de déplacement alternatifs, offre de transport en commun pas toujours en adéquation avec les besoins en termes d’horaire et de desserte). A ces deux principaux freins se rajoute un ensemble de freins d’ordre « culturel » : méconnaissance de la géographie et donc difficulté à anticiper son déplacement ou à définir son itinéraire, difficulté de compréhension de l’offre de transports en commun, crainte de sortir de son territoire (qui peut être son quartier, sa commune).

Des aides à la mobilité encore limitées

Les aides financières constituent l’une des premières réponses, mais elles sont difficiles à mettre en œuvre du fait de l’intervention de différents financeurs. Les aides à la mobilité proposées par Pôle Emploi répondent à des critères assez précis : l’emploi ou la formation doivent se situer à 60 km ou 2 heures de trajet aller-retour du domicile. S’il s’agit d’une reprise d’emploi, le contrat doit être au minimum de 3 mois consécutifs. Une aide au permis de conduire peut être proposée par les conseillers Pôle Emploi (1200 € versés directement à l’auto-école), mais son attribution dépend des enveloppes budgétaires disponibles, qui varient selon les régions.

Le micro-crédit personnel peut être utilisé pour l’achat ou la réparation d’un véhicule ou pour financer son permis de conduire. Il s’adresse à des personnes exclues du système bancaire et bénéficiant d’un accompagnement social.

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Pour pallier à ce manque d’aides financières à la mobilité, d’autres réponses sont imaginées par des associations et entreprises. Voici quelques exemples :

  • Le co-voiturage solidaire : par exemple Ehop, plateforme de covoiturage solidaire développée en Ille-et-Vilaine.
  • Des loueurs de véhicule à tarif social : par exemple Mouveo en Rhône-Alpes. Le bénéficiaire prend en charge une partie de la location, le reste est financé soit par des aides publiques, soit par des fonds créés par les entreprises (comme le Fonds d’action sociale du travail temporaire, qui s’implique sur ces enjeux de mobilité qui touchent particulièrement les intérimaires). Dans la même veine, mais à l’initiative d’une société, les Aéroports de Paris ont soutenu la création de Papa Charlie qui met à disposition des riverains des aéroports des véhicules à moindre coût pour faciliter l’accès à l’emploi dans ces zones.
  • Les auto-écoles sociales : les bénéficiaires sont orientés par leur référent social. Ils contribuent à une petite partie du financement de leur permis de conduire, la majeure partie du coût étant pris en charge par un partenaire financeur (Fonds social européen, collectivité, mission locale…).
  • Les plateformes de mobilité Wimoov : sur la base d’un diagnostic territorial, Wimoov développe ces plateformes qui centralisent l’offre de solutions mobilité sur le territoire et apporte des compléments en fonction des besoins des populations ciblées. Cet outil de travail est mis à disposition des structures qui accompagnent des personnes vers l’emploi ou la formation. Ces plateformes proposent également des formations et un accompagnement à la mobilité. Il s’agit de permettre aux personnes de gagner en mobilité en leur apprenant à utiliser les différentes ressources de leur territoire : transports en commun, co-voiturage, offre de déplacement alternatif.
  • Les garages solidaires, ils peuvent être de statut associatif ou créés par une entreprise (comme les garages Renault solidaire) : entretien du véhicule à moindre coût pour des publics ciblés.

Les différents acteurs qui interviennent sur cette question de la mobilité inclusive soulignent la difficulté de mobiliser des financements publics et regrettent le manque de pilotage et de coordination des dispositifs d’aide à la mobilité sur les différents territoires.

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