Article Actualités publié le 4 janvier 2018

Mieux prévenir le décrochage scolaire

Le 8 décembre dernier, le CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire) a remis un rapport sur le décrochage scolaire avec une partie bilan des actions menées en France et des préconisations pour améliorer la prévention et la lutte contre la déscolarisation.

Selon les derniers chiffres publiés, 100 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme. Les étudiants qui décrochent en cours de cursus ne sont pas comptabilisés dans ces chiffres. Néanmoins, un autre indicateur peut être considéré, celui des NEET. Cet indicateur de l’OCDE mesure le nombre de jeunes entre 18 et 24 ans qui ont quitté l’école et ne sont ni en formation, ni en emploi. Ce taux s’élevait à 19,8 % en 2016 en France.

 En 2016, la Cour des Comptes estimait à 2 Mds € par an le coût des dispositifs mobilisés en faveur des jeunes sortis sans qualification du système scolaire (1,4 Mds € pour les dispositifs insertion et formation ; 0,5 Md€ pour les contrats aidés). Au-delà du coût financier, il s’agit surtout d’un coût humain très important pour des jeunes qui se déscolarisent, perdent l’estime d’eux et un cadre pour grandir et se former. 

Les raisons du décrochage sont multiples : difficultés personnelles ou familiales qui font que le jeune n’est plus à même de se concentrer sur l’école, difficultés d’apprentissage qui rendent difficile le suivi des cours notamment dans des classes à effectifs élevés, troubles de l’attention ou de l’hyperactivité, modes de réflexion ou de pensée différents du cadre scolaire, manque d’intérêt pour le contenu des enseignements notamment suite à une orientation plus subie que choisie, climat scolaire détérioré…

Mieux accompagner le jeune en situation de décrochage

Le CNESCO aborde trois axes dans son rapport :

  • Les actions à mettre en place pour les jeunes qui décrochent
  • Le retour en formation
  • La prévention

Selon le CNESCO, l’urgence est de renforcer le repérage des jeunes en situation de décrochage par une plus grande sensibilisation des professionnels sur les signes précurseurs (absentéisme, retrait, perte de l’estime de soi, troubles du comportement, anxiété…) et la mise en place d’un outil de suivi des jeunes. En effet, l’information est trop éclatée entre les professeurs et autres intervenants dans l’école (le CPE, infirmier, psychologue de l’Education nationale) et ne permet pas d’avoir une vision globale du comportement du jeune à l’école et des signaux d’alerte.

En cas de situation comportementale difficile, le CNESCO préconise de limiter les exclusions temporaires ou définitives afin de garder le lien avec l’élève. La mesure d’exclusion peut être remplacée par des travaux d’intérêt général au sein de l’école (approche réparation) ou par une implication dans un projet collectif. En cas d’exclusion, un programme d’activités peut être proposé au jeune pour le faire avancer (c’est le cas à Montreuil où la ville s’implique dans l’accueil des jeunes exclus temporairement de l’école).

Le lien avec les familles constitue une composante essentielle du raccrochage : en les invitant à participer à la vie de l’école, à trouver leur place mais aussi en informant les parents en temps réel dès que leur enfant est en retard, absent ou rencontre une difficulté sévère dans l’établissement.

Le retour en formation constitue un droit pour les jeunes qui sont sortis du système scolaire. Des dispositifs existent pour faciliter ce retour : les PSAD (plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs), le site Internet http ://reviensteformer.gouv.fr . Néanmoins, la difficulté reste l’appropriation de ces outils par un jeune qui a perdu ses repères et se sent rejeté de l’école. C’est pourquoi, l’offre de solutions doit être la plus large possible pour s’adapter aux situations personnelles des jeunes, à leurs besoins et motivations : école de la 2e chance, EPIDE, micro-lycée, lycée de la nouvelle chance, service civique, formation professionnalisante… Le CNESCO insiste pour renforcer les solutions pour les mineurs de 16 à 18 ans. Il existe en effet de nombreux dispositifs pour les jeunes majeurs décrochés, moins pour les mineurs, avec une difficulté complémentaire concernant l’accès au logement pour ces jeunes si le dispositif de raccrochage se trouve éloigné de leur domicile.

 « Prévenir plutôt que guérir »

Le CNESCO dans son rapport insiste sur l’importance de la prévention et la mise en place de solutions de long terme qui doivent jouer sur le climat scolaire et la qualité de l’enseignement, deux éléments clefs pour éviter le décrochage. Il invite à renforcer le sentiment d’appartenance des élèves à l’établissement : plus grande implication des élèves dans la vie de l’école, organisation de projets extra-scolaires, instances d’écoute et d’expression.

S’agissant de l’enseignement, le CNESCO insiste sur la nécessité de varier les méthodes pédagogiques, de donner du sens aux apprentissages et d’introduire des programmes autour des compétences émotionnelles (gestion du stress, communication, empathie).

Afin de lutter contre l’orientation subie, il propose d’instaurer une classe de seconde indifférenciée, pour que le choix entre Bac général, techno ou professionnel ne se fasse qu’en fin de seconde. Il invite à améliorer les programmes en vue d’une meilleure perception des métiers et de faciliter ainsi la projection des élèves sur leur vie professionnelle.

Le rapport se base sur un travail collectif d’évaluation de l’existant, de comparaison avec d’autres pays et de recherche. Il pointe de nombreux exemples d’actions développées à l’échelle d’établissements, de communes ou d’autres pays.

Au-delà des initiatives développées au sein de l’Education nationale, il existe des offres de formation complémentaires telles que les écoles de production qui redonnent du sens aux apprentissages par une pédagogique du Faire pour Apprendre et un encadrement humain renforcé. Parmi ces écoles, Eden School, école digitale et numérique pour les 14/18 ans dont Evolem Citoyen est l’un des premiers soutiens. Elle s’adresse à des élèves qui ne trouvent pas leur place dans le système scolaire ordinaire et qui sont motivés par le digital et l’apprentissage du code. Les élèves viennent chez Eden School par choix. Ils sont impliqués dans la vie de l’école : travail en commun sur les règles de vie, entretien des locaux, projets extra-scolaires, présentation de la formation à nos partenaires et à d’autres jeunes (portes-ouvertes, Mondial des métiers). Chaque vendredi, un temps d’échange avec les élèves et l’équipe pédagogique permet de faire le point sur le déroulement de la semaine : les points positifs, les difficultés et les manières de dépasser ces difficultés. L’enseignement se base sur 3 piliers : compétences techniques (développement web et mobile), compétences générales (anglais, français, maths sciences, histoire-géo) et compétences humaines (estime de soi, confiance en soi, gestion des émotions, communication non violente, gestion du stress, travail en équipe). Le principe pédagogique appliqué est le Faire pour apprendre : on repart du concret, du réel, de l’expérimentation pour apporter de la théorie. Les élèves ne sont pas notés mais évalués à partir d’une grille de compétences. L’encadrement est assuré en majorité par des permanents (maîtres professionnels et direction) ce qui favorise un suivi régulier des jeunes et une capacité de réagir rapidement en cas de difficulté. La petite taille de l’établissement permet un accompagnement individualisé et une approche pédagogique différenciée.

Les innovations pédagogiques sont multiples, le partage d’expérience et la valorisation de ces innovations permettront de les diffuser au plus grand nombre. Des documentaires participent à cette diffusion de nouvelles approches pédagogiques : une Idée Folle ou le dernier en date « Enseignez-à-vivre ! » avec Edgar Morin.

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