Emmaüs Défi est un chantier d’insertion qui a ouvert ses portes en 2007 à Paris afin d’accueillir et de remettre à l’emploi des personnes issues de la rue. Ce chantier a développé des programmes propres aux grands exclus pour qui les dispositifs de droit commun ne sont pas adaptés.

Emmaüs Défi s’est ouvert suite au mouvement des Don Quichotte qui a vu l’installation de tentes sur les bords du Canal Saint Martin à Paris pour alerter sur la difficulté d’accès au logement et à l’hébergement d’urgence. Accès au logement et travail étant étroitement liés, l’objectif de ce chantier est de permettre un retour à l’emploi pour des personnes en situation de très grande précarité.

En complément du fonctionnement classique de chantier d’insertion, Emmaüs Défi a mis en place le dispositif « Premières heures » qui propose une reprise d’activité à rythme très progressif. En effet, la reprise d’un rythme de travail, même dans le cadre accompagné d’un chantier d’insertion, est compliquée pour des personnes en grande précarité qui, pour la majorité, sont inactives depuis plus de 2 ans. Les bénéficiaires de « Premières heures » vont retravailler 4 heures par semaine, puis un peu plus jusqu’à être en capacité de signer un CDDI (contrat à durée déterminée d’insertion) de 26 heures par semaine. Le CDDI est le type de contrat appliqué dans les structures qui relèvent de l’Insertion par l’Activité Economique (IAE), pour une durée maximale de 2 ans.

Un allongement de la durée d’accompagnement

Emmaüs Défi apporte une réponse nouvelle sur cette question de la durée d’accompagnement grâce au dispositif Convergence expérimenté depuis octobre 2012, avec le soutien de l’Etat, de la ville de Paris et de la Fondation Vinci. Un parcours de 2 ans est parfois trop court pour lever tous les freins qui empêchent l’insertion professionnelle et sociale. Faire sortir trop tôt des personnes encore fragiles risque d’avoir pour conséquence un retour à la case départ, c’est-à-dire la rue.

Pour accompagner ces grands exclus, Emmaüs Défi a imaginé une coordination de la prise en charge pour répondre de manière concertée aux problématiques d’emploi, mais aussi de logement, de santé, d’accès aux droits et de suivi judiciaire pour certains. Pour cela, l’équipe d’accompagnement a été renforcée avec des éducateurs, mais aussi des professionnels de la médiation sociale, de l’hébergement, du suivi administratif et social. En plus de cet accompagnement renforcé et concerté, Emmaüs Défi a obtenu une dérogation à la durée de 2 ans. Ainsi, les salariés en insertion dans le cadre du programme Convergence peuvent bénéficier de l’agrément IAE pendant 5 ans. Soucieux de rester dans leur mission de passage vers une insertion professionnelle durable, les équipes d’Emmaüs Défi ont mis en place une Commission de renouvellement pour analyser au cas par cas la pertinence de prolonger le contrat au-delà des 2 ans. Ainsi, l’extension de la durée d’accompagnement n’est pas automatique, elle a été utilisée pour 40 % des bénéficiaires en 2014 et 2015.

Après une première phase expérimentale de 3 ans, les différents financeurs ont décidé de renouveler l’expérience en 2016 pour 3 années supplémentaires, forts des résultats d’une évaluation externe qui valide la pertinence de cet accompagnement renforcé et concerté.  

250 personnes ont bénéficié de Convergence sur 3 ans. L’évaluation montre l’impact de cet accompagnement renforcé et concerté en termes de solutions d’hébergement et de logement et d’accès aux soins. Les sorties vers l’emploi durable restent minoritaires par rapport aux poursuites de parcours dans le secteur de l’Insertion par l’Activité Economique. L’axe formation doit être également renforcé, qu’il s’agisse de l’apprentissage du français ou des formations mobilité. La nouvelle phase d’expérimentation va être accompagnée d’un travail de recherche mené par la FNARS sur les coûts évités. Par ailleurs, un autre chantier d’insertion parisien intègre le dispositif et la question du déploiement sur d’autres territoires sera posée.

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Augustin Meaudre, Directeur de Genèses
«Lutter contre l’exclusion par l’informatique.»
Idriss Bennani, Co-fondateur de Rézo Social