Article Actualités publié le 6 juillet 2016

Une nouvelle ambition pour l’orientation scolaire

A l’heure où l’école se termine, la question de l’efficacité de notre système d’orientation se pose. Un éclairage est apporté par les travaux de la mission d’information sénatoriale sur l’orientation scolaire qui a rendu son rapport le 29 juin dernier.

Cette mission d’information, composée de quinze Sénateurs membres de la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication, a travaillé sur ce sujet pendant un an. Elle a auditionné des professionnels de l’orientation, de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur, des pédagogues, des représentants du monde économique, des parents d’élèves, des organisations lycéennes et étudiantes. Elle s’est rendue également dans deux rectorats, Clermont-Ferrand et Strasbourg. De ces différents échanges s’exprime une insatisfaction, que ce soit de la part des jeunes, de leurs familles mais aussi des établissements. L’orientation reste trop centrée sur les résultats scolaires, pas suffisamment ouverte sur les compétences des jeunes et leur projet personnel. Alors que le nombre de décrocheurs scolaires reste élevé (110 000 par an selon le Gouvernement) sans compter les jeunes qui décrochent post-bac (494 000 jeunes de 18 à 24 ans sont sans diplôme ni formation), il est intéressant de regarder les conclusions de ce rapport.

L’insertion professionnelle comme objectif prioritaire

Les Sénateurs appellent à un véritable changement de culture. Ils estiment que notre système éducatif doit s’approprier l’objectif d’insertion professionnelle et non plus seulement la qualification académique illustrée par des taux de réussite aux examens. L’école doit accompagner chaque élève dans la construction de son projet professionnel et l’outiller afin qu’il soit en capacité de s’orienter tout au long de sa vie. En effet, quel intérêt de mener plus de 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat si à l’issue de nombreux jeunes ne trouvent pas leur place sur le marché du travail ? 

En avril dernier, nous avions interrogé les jeunes sur l’accès à l’emploi (enquête Opinion Way réalisée en avril 2015). Dans cette enquête nous les questionnions sur l’orientation : 61 % des jeunes interrogés estimaient que le manque d’accompagnement constitue la raison principale du décrochage scolaire et 84 % se prononçaient pour un cours d’orientation.

L’élève acteur de son orientation

Le deuxième axe fort du rapport sénatorial concerne la lutte contre l’orientation subie, en replaçant l’élève au cœur du choix tout au long de son parcours scolaire. Pour cela, les Sénateurs proposent que le parcours d’avenir institué depuis la rentrée 2015 bénéficie d’un horaire dédié. Le parcours d’avenir est censé être proposé aux élèves du collège à la terminale, il est construit par le chef d’établissement en lien avec les professeurs et conseillers d’orientation. Ce parcours d’avenir ne bénéficie pas d’un horaire dédié, il doit être diffus dans le cadre du programme scolaire. Il remplace à compter de la rentrée 2016 l’option DP3 qui était proposée aux élèves de 3e. Cette option de 3 heures par semaine était consacrée à la découverte du monde professionnel.

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Cette préconisation sénatoriale rejoint notre proposition d’un cours pour l’orientation dès le collège. En effet, afin d’accompagner au mieux les élèves dans la construction de leur projet personnel, de leur permettre de se projeter dans la réalité du monde du travail, il est indispensable de construire un contenu pédagogique adapté comprenant des immersions dans le monde professionnel. Ces cours pourraient être co-animés par les nombreuses associations qui interviennent déjà en milieu scolaire sur cette thématique de la découverte des métiers (par exemple JobIRL, 100 000 entrepreneurs, EPA, ma camerachezlespros, Canal des Métiers… .). Un parcours pédagogique construit sur la durée donnerait tout son sens au stage de 3e qui s’inscrirait dans un accompagnement complet.  Aujourd’hui, la majorité des collégiens choisissent une entreprise par défaut, souvent l’entreprise d’un parent ou proche. Des structures interviennent pour rendre plus utile ce stage, comme Je pitche mon stage de 3e ou Viens voir mon taf. Des actions intéressantes sont développées dans certains établissements, elles pourraient servir de base pour alimenter le contenu de ce cours d’orientation. Régulièrement, Evolem Citoyen partage des initiatives autour de l’aide à l’orientation sur le site Key4Job dédié aux jeunes.

Sortir du tout académique

La mission d’information sénatoriale souhaite que les résultats académiques soient pondérés par d’autres critères dans les choix d’orientation et d’affectation des élèves, que ce soit de la 3e au lycée que pour les choix post-bac. Les Sénateurs estiment que la motivation de l’élève, son projet personnel, ses qualités et compétences devraient être également considérés. S’agissant des choix post-bac, la sélection se fait par tirage au sort pour les filières trop demandées. Il s’agirait de définir des critères plus justes basés sur les résultats scolaires, mais également la motivation à suivre la formation, les compétences déjà acquises et le projet professionnel. Les Sénateurs pointent également les effets négatifs d’une spécialisation trop rapide lorsque les jeunes se dirigent vers une voie professionnelle. Ils proposent que les spécialisations se fassent par champ professionnel plutôt que par métier afin de ne pas enfermer trop tôt des jeunes dont le projet n’est pas forcément mûr.

 Renforcer les liens entre monde économique et formation

Bien que des améliorations aient été apportées ces dernières années, l’ouverture de l’école sur le monde économique reste encore aléatoire d’un établissement à l’autre. Certains établissements ont pris l’habitude d’organiser des visites d’entreprise, de faire venir des professionnels dans leurs locaux, de faire travailler leurs élèves sur des projets en lien avec une entreprise. Afin de renforcer ces liens, les Sénateurs proposent deux types d’action :

  • Rendre obligatoire un stage en milieu professionnel pour les enseignants. La Fondation Croissance Responsable a mis en place un tel dispositif dans les Académies d’Ile-de-France, de Nice, Rennes et Bordeaux. Il s’agit d’un stage découverte de 3 jours. 
  • Impliquer plus le monde professionnel dans les établissements, en prenant un mandat dans les conseils d’administration ou en sollicitant les parents pour intervenir auprès des élèves pour parler de leur métier et du monde du travail.

La Présidente de la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication a émis le souhait que ce rapport fasse l’objet d’un débat en séance publique à la rentrée parlementaire, voire que certaines propositions fassent l’objet d’une mise en œuvre législative ou réglementaire. Nous ne manquerons pas de vous informer des suites qui seront apportées aux préconisations formulées dans ce rapport.

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